HISTOIRE · PORTRAIT · 29 OCTOBRE 2026
Kanshū Sunadomari,
du fondateur au Manseikan.
Un élève direct de Morihei Ueshiba, une transmission à Kyūshū et une recherche centrée sur le kokyū.
Article d’Aïkido Atlas · Direction éditoriale : Thierry Minkowski.
Kanshū Sunadomari (1923–2010) appartient à ces élèves directs de Morihei Ueshiba dont le parcours révèle la diversité de l’aïkido. Installé à Kumamoto, sur l’île de Kyūshū, il développe l’enseignement du Manseikan et fait du kokyū un axe majeur de sa recherche. Son 9e dan, reçu du fondateur en 1961, témoigne de la reconnaissance de son travail. [1–2]
Une démonstration de Kanshū Sunadomari
Voir la vidéo de Kanshū Sunadomari sur YouTube
Cette démonstration, publiée sur la chaîne Aikikan sous le titre « Aikido: Kanshu Sunadomari Sensei, 9th dan. Aikido Demonstration », accompagne le portrait. Pour la regarder activement, on peut choisir une seule question à la fois : comment les déplacements s’accordent-ils au contact ? Quand uke commence-t-il à changer d’équilibre ? Comment la fin d’une action prépare-t-elle la suivante ? Ces questions sont des pistes d’observation, sans présumer des techniques présentes dans la séquence.
Un élève du fondateur pendant la guerre
Né en 1923 dans la préfecture de Kagoshima, Sunadomari grandit dans une famille attachée au mouvement religieux Ōmoto. Cette proximité familiale contribue à sa rencontre avec Morihei Ueshiba. Dans son entretien, il explique que son frère aîné Kanemoto lui présente le maître et qu’il devient ensuite élève interne, ou uchi-deshi. [2]
Les repères biographiques d’Aikido Journal situent une brève période d’apprentissage au Kobukan en 1942. Ce cadre historique importe : son premier contact avec le fondateur appartient aux années de guerre, avant l’expansion internationale de l’aïkido d’après-guerre. [1]
Kumamoto et le développement du Manseikan
Au début des années 1950, Sunadomari fait de Kyūshū son principal terrain de transmission. Il participe à l’implantation de l’aïkido à Kumamoto, où l’établissement du Manseikan est généralement situé en 1954. Le dojo devient le centre d’un travail durable, distinct des réseaux qui se développent à Tokyo. [1, 3]
Son parcours invite à regarder l’histoire de l’aïkido à plusieurs échelles. La diffusion de l’art ne se résume pas aux voyages internationaux des maîtres : elle passe aussi par la création de dojos, les relations locales et l’enseignement quotidien. C’est dans cette continuité qu’une transmission peut prendre une identité.
Le 9e dan de 1961
En 1961, à environ trente-huit ans, Sunadomari reçoit le 9e dan directement de Morihei Ueshiba. Dans son témoignage, il rattache cette promotion à une visite du fondateur à Kumamoto et à une démonstration télévisée. Il raconte qu’Ueshiba lui fait ensuite parvenir un certificat de grade et une nomination comme shihan de Kyūshū. [2]
Ce souvenir permet de comprendre l’importance personnelle de cette reconnaissance. Il montre aussi que la relation au fondateur se poursuit au-delà d’une première période comme élève interne : elle se nourrit de rencontres et du travail accompli en région.
Le kokyū et la continuité du mouvement
Aikido Journal souligne deux caractéristiques de son enseignement : une pratique dynamique en ki no nagare et une attention particulière au kokyū. [1] Dans le vocabulaire de la pratique, ki no nagare évoque le courant ou la continuité de l’action. Le kokyū, associé à la respiration, ne se réduit pas à une consigne consistant à inspirer ou expirer à un instant donné.
Pour notre étude au dojo, on peut chercher comment la respiration, l’organisation du corps et le contact participent à une action coordonnée. Cette formulation est une piste pédagogique : elle ne prétend pas résumer toute la recherche de Sunadomari.
Le mouvement des mains mérite alors d’être observé avec celui du bassin et des appuis. Regarder seulement la partie qui touche uke peut faire perdre de vue les déplacements qui rendent l’action possible.
Une démonstration qui marque Stanley Pranin
Organisateur de la première Aikido Friendship Demonstration en 1985, Stanley Pranin se souvient de la forte impression produite par Sunadomari. Il décrit une exécution fluide et dynamique, une utilisation singulière du poignet et de l’avant-bras et des interventions au moment juste pour déséquilibrer uke. Il relève aussi des formes originales avec les armes et des démonstrations face à plusieurs attaquants. [3]
Ces observations se rapportent à cette manifestation historique. Elles ne permettent pas d’identifier automatiquement la date ou le contexte de la vidéo proposée ici. Elles donnent néanmoins un éclairage sur ce qui a retenu l’attention d’un témoin expérimenté : la manière de relier les actions, au-delà de leur seul résultat spectaculaire.
Une recherche technique et spirituelle
Après la mort d’Ueshiba en 1969, Sunadomari poursuit son travail dans une organisation indépendante. En 1999, il donne à sa pratique le nom d’Aiki Manseidō. L’éditeur de son livre présente cette démarche comme un engagement à transmettre la philosophie du fondateur et à développer l’art dans une perspective de paix. [4]
Son ouvrage Enlightenment through Aikido, publié en anglais en 2004, aborde les enseignements spirituels de l’aïkido à partir de son expérience auprès d’Ueshiba. [4] Il constitue un prolongement utile pour découvrir sa pensée : une démonstration montre une pratique, tandis qu’un texte permet d’approcher les intentions et les interprétations de son auteur.
Ce que ce parcours peut apporter au pratiquant
Sunadomari meurt le 13 novembre 2010. [1] Son parcours laisse plusieurs pistes de travail : replacer un maître dans son histoire, comparer différentes façons de transmettre une même tradition et relier l’observation technique aux questions que l’on apporte au dojo.
Face à une vidéo, le plus fécond est souvent de retenir un détail précis plutôt que de chercher à reproduire immédiatement une projection. Où commence le déplacement ? Quelle réponse d’uke suit ce changement ? Que reste-t-il invisible dans le cadrage ? Ces questions transforment le visionnage en préparation d’un échange avec son enseignant.
Une question à emporter au dojo : comment garder une continuité dans l’action sans précipiter le partenaire ni perdre sa propre disponibilité ?
Sources et prolongements
- Aikido Journal — Notice biographique de Kanshu Sunadomari : repères biographiques, Kobukan, Manseikan, kokyū et ki no nagare.
- Entretien avec Kanshu Sunadomari — Première partie, traduction de Christopher Li : témoignage direct sur sa rencontre avec Ueshiba, Kumamoto et le 9e dan.
- Stanley Pranin — Sunadomari à la première Friendship Demonstration : témoignage de l’organisateur sur la démonstration de 1985.
- Penguin Random House — Enlightenment through Aikido : présentation du livre et de la démarche de son auteur.
Pour poursuivre sur Aïkido Atlas : Irimi et Tenkan · Portrait d’André Nocquet.
