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HISTOIRE · PORTRAIT · 29 OCTOBRE 2026

André Nocquet,
un pionnier entre deux mondes.

Le parcours du premier uchi-deshi étranger de Morihei Ueshiba : de la culture physique française à la vie au Hombu Dojo, puis à la transmission de l’aïkido en Europe.

1914–1999 · Article préparé à partir du texte proposé par Thierry Minkowski, complété et vérifié pour Aïkido Atlas.

À ÉCOUTER · ÉPISODE 02

André Nocquet, le pionnier français de l’aïkido

Prolongez la lecture avec cet épisode audio en français, fourni par Thierry Minkowski. Durée : 21 min 15 s.

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À VOIR · GHAAN

Message / La collégialité en héritage

Ce film du Groupe Historique Aïkido André Nocquet associe archives du maître, interventions techniques et entretiens avec des responsables du GHAAN. Il prolonge la découverte de sa transmission.

Le lecteur démarre au repère que vous avez partagé : 12 min 52 s. Vous pouvez revenir au début pour regarder le film intégral.

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Film référencé dans le magazine fédéral Seseragi n° 65, octobre 2019, page 15. La vidéo reste hébergée par son auteur sur YouTube.

À VOIR · DOCUMENTAIRE

André Nocquet et Morihei Ueshiba : des images d’archives

Un documentaire consacré à André Nocquet, comprenant des images de Morihei Ueshiba. Un complément au portrait écrit, à l’épisode audio et au film du GHAAN présenté ci-dessus.

Regarder le documentaire sur YouTube ↗

Vidéo également signalée par l’Aikido Center of Los Angeles, dans son billet du 9 octobre 2015. La vidéo reste hébergée sur YouTube.

Aller à la source, puis transmettre

L’histoire de l’aïkido en France compte plusieurs passeurs. André Nocquet occupe parmi eux une place singulière : ancien résistant, praticien de culture physique et pionnier du judo, il part au Japon en 1955 pour étudier auprès de Morihei Ueshiba. Il devient le premier étranger accueilli comme élève interne au sein du foyer Ueshiba. [1–3]

Ce statut mérite d’être précisé : uchi-deshi désigne un disciple interne, dont l’apprentissage s’inscrit dans la vie quotidienne du dojo. Il ne signifie pas que Nocquet aurait été le premier étranger à pratiquer l’aïkido. Sa singularité tient à cette immersion résidentielle et à la relation de transmission qu’elle rend possible.

De Prahecq à Tokyo : quatre repères du parcours d’André Nocquet1914 : naissance à Prahecq. 1936 : activité à Angoulême. 1955 à 1957 : apprentissage au Japon. 1999 : décès.UNE VIE DE TRANSMISSION191419361955–19571999PrahecqAngoulêmeJaponDécèsCulture physique · Judo · Aïkido · Transmission
Repères biographiques · Illustration chronologique originale Aïkido Atlas.

PREMIÈRE PARTIE · 1914–1955

De la culture physique au judo

Une jeunesse tournée vers le corps

André Auguste Nocquet naît le 30 juillet 1914 à Prahecq, dans les Deux-Sèvres, au sein d’une famille d’éleveurs. À l’adolescence, il découvre le jujutsu à Saint-Maixent, auprès de l’adjudant-chef Raffier. Cette initiation ouvre une première fenêtre sur des méthodes de défense japonaises encore peu répandues en France.

La lutte gréco-romaine et la culture physique occupent aussi une place importante dans sa formation. Dans son entretien de 1988, il évoque un manuel de la méthode Sandow trouvé chez son père et son désir de se fortifier malgré sa petite taille. Son entrée dans les arts du mouvement passe donc par une recherche très concrète : construire un corps capable d’agir. [2]

Paris, l’école Desbonnet et Angoulême

En 1932, il rejoint Paris et l’école Desbonnet, rue de Ponthieu. Il se forme à la culture physique, au massage et à la gymnastique médicale, et suit l’enseignement de Boris Dolto. En 1936, il ouvre à Angoulême un établissement associant culture physique et soins.

Ce premier métier aide à comprendre la suite de son parcours : Nocquet aborde les pratiques corporelles avec l’expérience de l’exercice, du contact et de l’attention portée au fonctionnement du corps.

Feldenkrais et Kawaishi : les années judo

À partir de 1937, il étudie le jujutsu à Paris auprès de Moshé Feldenkrais, fondateur du Jiu-jitsu Club de France. En 1938, il devient élève de Mikinosuke Kawaishi, dont il est présenté comme le dix-septième élève direct. Ces déplacements réguliers témoignent de l’engagement nécessaire pour se former à une époque où les enseignants sont encore rares.

La guerre : captivité, évasion et Résistance

Mobilisé au 404e régiment de défense contre avions, Nocquet est fait prisonnier en juin 1940 dans le contexte de la bataille de Dunkerque. Il s’évade du Stalag VI-G en octobre 1943, regagne la France sous le nom de Jean Hervé et rejoint la Résistance. Son parcours est associé à la Médaille des Évadés et à la Croix du combattant.

Rebâtir et enseigner dans le Sud-Ouest

Après la guerre, il reprend son activité professionnelle et participe activement à l’implantation du judo dans le Sud-Ouest. Les biographies le comptent parmi les premières ceintures noires françaises : la 56e, selon la numérotation habituellement citée. Il forme des pratiquants et des enseignants et intervient auprès des instructeurs de police à Bordeaux.

La date de cette ceinture noire varie selon les notices consultées, entre 1945 et 1946. Il est plus sûr de retenir ici la période de l’immédiat après-guerre que de transformer une date discutée en certitude.

DEUXIÈME PARTIE · 1955–1957

Au Japon : redevenir élève

La rencontre avec l’aïkido

Au début des années 1950, la venue de Minoru Mochizuki en France ouvre une nouvelle étape. Nocquet découvre une pratique dont les mouvements circulaires et la façon de conduire les projections le séduisent. Dans son témoignage radiophonique, il présente le judo et l’aïkido comme deux approches complémentaires. Il poursuit ensuite son apprentissage auprès de Tadashi Abe, qui l’encourage à rencontrer le fondateur au Japon. [2]

Quitter une position établie

Le départ représente une décision considérable pour cet enseignant déjà installé. En 1955, à quarante ans, il accepte de consacrer une longue période à l’étude sur place. Le soutien de Georges Duhamel accompagne le projet, qui comporte aussi un intérêt professionnel pour les méthodes corporelles et de soins japonaises. [1]

Une formation collective au Hombu Dojo

Entre 1955 et 1957, Nocquet vit au contact de la famille Ueshiba et pratique au Hombu Dojo de Tokyo. Son apprentissage comprend les enseignements de Morihei Ueshiba, mais aussi les cours réguliers de Kisshomaru Ueshiba, Koichi Tohei et d’autres instructeurs. Cette dimension collective compte autant que la proximité avec le fondateur. [1]

Pour le lecteur d’aujourd’hui, cette étape pose une question féconde : comment un enseignant expérimenté accueille-t-il une manière d’apprendre qui déplace ses repères ? Le parcours de Nocquet invite à réfléchir à cette disponibilité, au-delà de l’image prestigieuse du disciple vivant auprès du maître.

TROISIÈME PARTIE · TRANSMETTRE EN EUROPE

Faire vivre l’expérience reçue

Nocquet quitte le Japon en 1957 et revient en France en 1958, après un passage aux États-Unis. En 1960, Tadashi Abe lui confie sa succession pour la transmission de l’aïkido. Dans les années 1970, il collabore avec Nobuyoshi Tamura et Hiroo Mochizuki à la structuration de l’enseignement et de la formation des instructeurs. [1,3]

La diffusion européenne de l’aïkido est une œuvre collective. Situer Nocquet parmi ses pionniers permet de reconnaître son apport sans effacer celui des enseignants japonais et des nombreux responsables de clubs qui participent à cette implantation.

Son livre Maître Morihei Ueshiba : Présence et message, évoqué lors de son entretien à France Culture en 1988, prolonge ce travail de mémoire. Il transmet une expérience vécue et une lecture personnelle du message du fondateur. Nocquet meurt le 12 mars 1999, à quatre-vingt-quatre ans. Le Groupe Historique Aïkido André Nocquet, ou GHAAN, demeure un point de référence pour découvrir sa transmission. [1–3]

Une piste pour notre pratique

Nous proposons de lire ce parcours comme une invitation à tenir ensemble trois démarches : développer ses capacités, accepter d’apprendre et rendre ce que l’on a reçu accessible aux autres. Cette lecture pédagogique est celle d’Aïkido Atlas ; elle ne prétend pas définir à elle seule l’enseignement de Nocquet.

Quelques précautions historiques

Les notices biographiques présentent des écarts sur certaines dates. L’article conserve les repères communs et évite de fixer le jour exact de l’évasion ou celui du premier grade de judo. La découverte de l’aïkido est située au début des années 1950, les notices donnant des chronologies différentes.

La mention de l’ENSOA dans le récit de jeunesse a été remplacée par Saint-Maixent : cette école, sous cette dénomination, a été créée en 1963. Enfin, « premier uchi-deshi étranger » désigne ici l’accueil résidentiel auprès de la famille Ueshiba. [1–4]

Sources et prolongements

  1. GHAAN — André Nocquet, 8e dan d’aïkido : notice du groupe qui poursuit sa transmission.
  2. France Culture, 9 novembre 1988 — Entretien avec André Nocquet, transcription et enregistrement présentés par Guillaume Erard : témoignage direct sur son parcours.
  3. Guillaume Erard — Biographie d’André Nocquet : version archivée d’une recherche appuyée sur des documents et des témoignages, avec relecture de Michel Nocquet.
  4. Armée de Terre — Histoire de l’ENSOA : création en 1963.

Sources consultées le 29 octobre 2026. Les divergences de datation sont signalées dans le texte.

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