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PRATIQUE & TRANSMISSION · 30 OCTOBRE 2026

L’aïkido au féminin,
une place entière sur le tatami.

Débuter, progresser, enseigner : les femmes participent pleinement à la construction de l’aïkido. Leur donner de la visibilité, c’est élargir les modèles auxquels chacune et chacun peut s’identifier.

Pourquoi parler d’aïkido féminin ?

L’expression peut surprendre : faudrait-il apprendre des techniques différentes selon que l’on est une femme ou un homme ? Les principes de déplacement, de distance, de déséquilibre et de relation avec le partenaire constituent un terrain commun. La FFAB présente d’ailleurs le travail de sa Commission nationale féminine comme une démarche de mixité et d’égalité, et non comme la création d’une autre pratique. [1]

Parler d’aïkido au féminin permet cependant de poser des questions concrètes : qui ose franchir la porte d’un dojo ? Qui reste après les premières années ? Qui est invité à enseigner, à démontrer ou à prendre des responsabilités ? Une pratique peut être ouverte à toutes et à tous dans ses principes et avoir encore besoin d’améliorer l’accueil et la visibilité des femmes.

La technique n’appartient à aucun genre

Il serait réducteur d’associer les femmes à la douceur et les hommes à la puissance. La souplesse, la précision, l’engagement et la capacité à percevoir le partenaire s’apprennent. Les différences de taille, de force, de mobilité ou d’expérience existent entre les individus ; elles ne dessinent pas deux manières obligatoires de pratiquer.

Dans un travail sur katate-dori, par exemple, chercher à arracher son poignet peut conduire à une lutte locale. L’enseignant peut proposer d’étudier plutôt le placement des pieds, l’orientation du corps et la continuité du mouvement. Cette recherche concerne tout le monde. Elle ne signifie pas que les différences physiques disparaissent : elle apprend à les reconnaître et à ajuster l’exercice.

Pratiquer avec des partenaires variés aide à éviter une illusion : réussir une forme avec quelqu’un de très coopératif ne prouve pas qu’elle fonctionnera dans toutes les situations. La progression demande une coopération honnête, une difficulté adaptée et des retours précis.

Uke et tori : apprendre les deux rôles

Dans cet article, tori réalise la technique et uke propose l’attaque puis reçoit le mouvement. Chaque rôle développe des compétences : conduire sans brutalité, garder une attaque lisible, percevoir une direction, préserver sa posture et apprendre progressivement les chutes.

Une pratiquante doit pouvoir explorer les deux rôles et recevoir des corrections techniques exigeantes. La ménager systématiquement en lui évitant tout travail sérieux peut freiner sa progression ; lui imposer une intensité excessive pour « tester » sa légitimité la freine tout autant. Le bon repère reste la personne, son niveau et l’objectif de l’exercice.

Un dojo accueillant se reconnaît dans les détails

  • Un premier cours expliqué : salut, vocabulaire, rôles et possibilité de regarder avant de participer.
  • Une intensité négociable : pouvoir demander de ralentir ou d’arrêter immédiatement une contrainte articulaire.
  • Des rotations de partenaires : éviter que les débutantes restent toujours entre elles ou à l’écart.
  • Des retours sur le geste : corriger le placement et la posture sans commentaire dévalorisant sur le corps ou le sexe.
  • Une parole prise au sérieux : signaler une douleur, un contact déplacé ou un comportement humiliant doit conduire à une réponse claire.

Le respect ne se mesure pas seulement au salut. Il se vérifie dans la manière de saisir, de projeter, d’écouter et de s’interrompre lorsque le partenaire le demande. Ces conditions bénéficient à tout le dojo.

Des enseignantes dans la diversité des écoles

Les portraits suivants constituent un panorama international ouvert, et non un palmarès. Ils associent des figures historiques, des enseignantes confirmées et des initiatives récentes. Une fédération française, une reconnaissance Aïkikaï et une filiation technique ne sont pas des catégories équivalentes : elles peuvent se croiser dans un même parcours. Les rattachements ci-dessous correspondent aux sources liées à chaque portrait ; ils ne résument pas toutes les influences de la personne.

Ce panorama couvre plusieurs grandes sensibilités sans prétendre recenser toutes les écoles ni toutes leurs enseignantes. Les grades sont indiqués seulement lorsqu’ils éclairent un parcours et selon les présentations consultées le 30 octobre 2026.

En France : des enseignantes aux parcours multiples

Céline Froissart — Noisy-le-Grand et la transmission de proximité

Le comité départemental FFAAA de Seine-Saint-Denis la présente comme enseignante 5e dan à Noisy-le-Grand. Ses interventions dans les interclubs du Perreux-Bry montrent aussi une transmission au-delà de son propre dojo. Le site Satori Dojo présente son enseignement en la donnant 5e dan Aïkikaï. Sa présence rappelle que la vie de l’aïkido repose autant sur les cours réguliers et les rencontres locales que sur les grands événements internationaux.

Parcours et source : Comité départemental FFAAA 93 ↗

Hélène Doué — du Cercle Tissier à des publics variés

Elle commence en 1989, à neuf ans, au Cercle Tissier. Aïkido en Seine la présente comme 6e dan UFA et Aïkikaï, titulaire du DEJEPS. Elle enseigne aux adultes, aux étudiants et aux jeunes, et intervient auprès de structures accueillant des publics autistes. Son parcours donne un exemple de continuité entre formation technique, enseignement régulier et adaptation pédagogique.

Parcours et source : Aïkido en Seine ↗

Nathalie Marty — la formation dans le réseau FFAB

La CVthèque des formateurs de la FFAB, actualisée en juillet 2024, la présente comme 5e dan et titulaire du DEJEPS. Elle y figure pour des interventions dans la formation au CQP, notamment lors de stages nationaux. La fédération annonce également des stages qu’elle encadre : une place qui illustre le rôle des femmes dans la formation des futurs enseignants.

Parcours et source : FFAB — CVthèque des formateurs ↗

Béatrice Barrère — une voix dans la réflexion fédérale

La FFAB publie son témoignage dans la rubrique consacrée aux raisons d’être de la Commission nationale féminine. Elle y évoque ses débuts vers quatorze ans dans un dojo de la campagne lyonnaise. Elle figure aussi comme intervenante dans le programme de la commission pour 2024-2025. Son expérience relie pratique, enseignement et réflexion sur la place des femmes.

Parcours et source : FFAB — Témoignages de la commission ↗

Anne-Laure Gaillard et Mireille Hébert — l’action sur le terrain

La FFAB documente un stage animé conjointement par Mireille Hébert et Anne-Laure Gaillard le 18 mars 2023, à l’initiative de la commission régionale féminine Côte d’Azur-Corse. Anne-Laure Gaillard figure également comme coordinatrice de la Commission nationale féminine sur sa page de présentation. Ces actions rendent visibles des enseignantes et créent des occasions de rencontre concrètes.

Parcours et source : FFAB — Stages et initiatives féminines ↗

Birankai : la transmission de T. K. Chiba

Anne Ducouret — le dojo comme lieu de formation

Elle dirige l’enseignement du Cercle d’Aïkido Parisien, dans l’école Birankai. La rencontre avec T. K. Chiba en 1998 constitue un tournant de son parcours ; elle fonde le Dojo-École de l’Est Parisien en 2006. Sa présentation souligne la formation du corps, le travail des armes, la dimension humaine et la formation des enseignants. Son équipe comprend aussi des instructrices comme Sophie Orivel et Léa Duchmann, que le dojo présente comme fukushidoin : la transmission se prolonge au sein même de l’équipe pédagogique.

Parcours et source : Cercle d’Aïkido Parisien ↗

Jenny Flower — la transmission Birankai à Athènes

La publication Biran du Birankai la présente comme enseignante d’Athens Aikido, en Grèce, et relate son stage au Brooklyn Aikikai. Elle y propose également des séquences techniques publiées par New Haven Aikikai, à mains nues et au jō : deux d’entre elles figurent dans notre sélection ci-dessous.

Parcours et vidéos : Biran — Flower Sensei in Brooklyn ↗

Kobayashi Hirokazu : plusieurs générations d’enseignantes

Anne Lebranchu — enseigner à des âges et des publics différents

Élève d’André Cognard, elle enseigne l’aïkido et l’aïkishintaiso. Sa biographie dans le réseau Kobayashi évoque la création du club de Condrieu et un travail auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes et de personnes âgées, en situation de handicap ou non. Elle participe aussi à la préparation des adolescents à l’École de formation à l’enseignement.

Parcours et source : Kobayashi Ryū — Anne Lebranchu ↗

Sarah Gonzalez Escobar — du théâtre à l’enseignement martial

Elle découvre l’aïkido en 2010 à Barcelone dans une formation d’art dramatique, puis rejoint l’École de formation des enseignants en 2013. Installée en France en 2015, elle poursuit sa formation auprès d’André Cognard. Le réseau Kobayashi la présente comme 6e dan depuis avril 2025, engagée dans les cours réguliers, la formation des adolescents et le cycle d’armes.

Parcours et source : Kobayashi Ryū — Sarah Gonzalez Escobar ↗

Aurélie Pallard-Belloteau — pratique, formation et vie professionnelle

Elle commence en 2004 à Grenoble auprès de Franck Barthélémy, s’investit dans les cycles de formation de l’Académie et enseigne dans plusieurs clubs. Sa présentation mentionne l’enseignement à Échalas et l’attribution du 6e dan par André Cognard en février 2026. Architecte de profession, elle illustre aussi un parcours où responsabilités professionnelles et engagement dans la transmission se construisent ensemble.

Parcours et source : Kobayashi Ryū — Aurélie Pallard-Belloteau ↗

Iwama et Kumano : des héritages transmis à l’international

Patricia Hendricks — l’héritage de Morihiro Saitō à Iwama

Fondatrice d’Aikido of San Leandro, elle est une élève de Morihiro Saitō. Son dojo la présente comme 7e dan Aïkikaï et shihan. Son parcours comprend de nombreux séjours au Japon, un rôle d’interprète et d’uke auprès de Saitō, puis la transmission internationale de son enseignement. Elle montre la place d’une femme au cœur d’une lignée souvent identifiée au travail conjoint à mains nues et aux armes.

Parcours et source : Aikido of San Leandro ↗

Mary Heiny — une enseignante et une source d’inspiration

Son site personnel présente son activité d’enseignante et ses séances de shinkokyū, un travail respiratoire. L’entretien de Patricia Hendricks avec Guillaume Erard rappelle que Mary Heiny enseignait déjà lorsque Hendricks découvre la discipline. Son rôle rappelle une réalité importante : les femmes transmettent aussi à d’autres femmes l’envie d’entrer dans un dojo et de poursuivre leur formation.

Parcours et source : Site de Mary Heiny ↗

Linda Holiday — Kumano, traduction et transmission

Fondatrice et enseignante senior d’Aikido of Santa Cruz, elle part au Japon en 1973 et étudie dans la région de Kumano. Sa relation avec Motomichi Anno nourrit son enseignement et son livre Journey to the Heart of Aikido. Sa biographie cite également Michio Hikitsuchi, Motoichi Yanase et Yasushi Tojima parmi ses influences. Elle associe ainsi enseignement corporel, interprétation et transmission écrite.

Parcours et source : Aikido of Santa Cruz ↗

Rosemary Tzanaki — la filiation Hikitsuchi en Crète

Le dojo Aikido Crete Ukihashi Juku annonce ses cours sous sa conduite et précise suivre la lignée de Michio Hikitsuchi, avec Nikos Ilaridis comme enseignant senior. Cet exemple élargit le panorama à la Grèce et rappelle qu’un héritage technique se transmet dans des lieux de pratique parfois moins médiatisés.

Parcours et source : Aikido Crete ↗

Aïkikaï au Japon et dans le Pacifique

Yōko Okamoto — du Japon à la France, puis à Kyoto

Responsable d’Aikido Kyoto, elle commence au Hombu Dojo en 1978, puis pratique en France auprès de Christian Tissier. Elle poursuit ensuite son parcours au Japon et aux États-Unis, avant de fonder Aikido Kyoto en 2003. Le site du dojo la présente comme 7e dan. Son expérience traverse plusieurs pays tout en restant inscrite dans le réseau Aïkikaï : un rappel qu’une trajectoire dépasse souvent une seule étiquette.

Parcours et source : Aikido Kyoto ↗

Mutsuko Minegishi — Guam et le rayonnement culturel

Fondatrice de Guam Aikikai en 1999, elle reçoit en 2024 l’ordre du Soleil levant, rayons d’argent. Le consulat général du Japon à Hagåtña souligne son travail de diffusion de la culture japonaise par l’aïkido et ses nombreuses interventions internationales. Sa contribution associe enseignement, formation de nouvelles générations et échanges culturels.

Parcours et source : Consulat général du Japon à Hagåtña ↗

Ki Aïkido : coordonner le corps et l’esprit

Mădălina Ogica — un parcours européen et un dojo récent

Fondatrice et enseignante principale de Madrid Ki Aikido Society, elle décrit un parcours commencé à Bucarest, poursuivi à Prague puis à Bâle. Après la création d’un dojo à Bâle, elle ouvre sa structure madrilène en 2025. Sa présentation mentionne sa formation dans le réseau Ki Society. Ce parcours récent donne une place à celles qui créent aujourd’hui de nouveaux lieux de pratique.

Parcours et source : Madrid Ki Aikido Society ↗

Yoshinkan / Shudokan : une transmission en Asie

Nguyen Thi Ngoc Anh — cofondatrice à Hong Kong

Aikido Shudokan Hong Kong la présente comme cofondatrice et instructrice, 2e dan depuis 2025. Elle commence en 2009 auprès de Ramlan Ortega et Kent Yew au sein d’Aikido Shudokan Malaysia. Le réseau revendique l’héritage technique du Yoshinkan. Il s’agit ici de Shudokan, à distinguer du Shodokan issu de Kenji Tomiki : une proximité de noms qui ne doit pas masquer deux histoires différentes.

Parcours et source : Aikido Shudokan Hong Kong ↗

La tradition de Kenji Tomiki : un autre pan du paysage

Ah Loi Lee — une figure historique de l’aïkido Tomiki

Dans l’entretien publié par Aikido Journal, la docteure Ah Loi Lee revient sur son expérience auprès de Kenji Tomiki et de Hideo Ohba. Sa formation médicale donne aussi un éclairage à sa compréhension du corps. Elle appartient aux figures historiques à connaître pour ne pas limiter la place des femmes aux seuls réseaux Aïkikaï. Ce repère historique ne constitue pas une indication de cours actuellement disponibles.

Parcours et source : Aikido Journal — Entretien avec Ah Loi Lee ↗

Des initiatives pour rendre les femmes plus visibles

La Commission nationale féminine de la FFAB agit notamment sur la place des femmes parmi les pratiquants, les gradés et les responsables associatifs. La commission féminine de la FFAAA mentionne, de son côté, la connaissance du public féminin, la visibilité des femmes, l’accompagnement des pratiques et le soutien aux initiatives. [1, 4]

Un stage consacré à cette question peut faciliter les échanges et faire connaître des enseignantes. Il est utile de lire ses modalités : un événement consacré à la pratique féminine peut être ouvert à tous. L’enjeu est aussi de retrouver cette diversité dans les cours et les stages habituels, tout au long de l’année.

Débuter : quelques questions simples à poser

« Puis-je assister à un cours ? » « Comment apprenez-vous les chutes aux débutants ? » « Peut-on adapter un exercice si une articulation est sensible ? » « Qui puis-je contacter si je rencontre une difficulté ? » Les réponses et l’ambiance observée comptent davantage qu’une promesse de progression rapide.

Il n’est pas nécessaire d’être déjà souple ou sportive pour demander une séance d’essai. L’apprentissage doit rester progressif. Si un exercice ne convient pas, le dire fait partie de la pratique : la confiance se construit avec la possibilité réelle de poser ses limites.

Confiance et défense personnelle : garder des repères justes

L’aïkido peut offrir un cadre pour travailler la présence, la distance et l’engagement corporel. Ces apprentissages ne garantissent pas la capacité à se défendre contre une agression réelle. Le dojo organise des situations d’étude ; une agression comporte d’autres facteurs, notamment la surprise, la peur, l’environnement ou plusieurs agresseurs.

Éviter une situation, s’éloigner et demander de l’aide restent des réponses légitimes. Une personne agressée n’est jamais responsable de la violence subie parce qu’elle n’aurait pas su appliquer une technique.

Pratiquer, puis transmettre à son tour

La place des femmes se construit aussi dans les habitudes : confier une démonstration à une pratiquante, reconnaître sa compétence, soutenir sa formation d’enseignante et l’inviter pour son travail. L’objectif est que chaque personne puisse progresser et prendre sa place sans avoir à représenter à elle seule tout un genre.

Sur le tatami, une question peut guider chacun : est-ce que ma manière de pratiquer aide mon partenaire à apprendre et à revenir ? Une réponse positive donne déjà un contenu concret à l’idée d’un aïkido ouvert.

Huit vidéos pour découvrir cinq enseignantes

Une première sélection de cours, de démonstrations et d’un entretien, à explorer selon vos centres d’intérêt. Ces enseignantes figurent également dans le filtre de la vidéothèque. Les vidéos restent hébergées chez leurs auteurs.

Les titres, auteurs et liens ont été vérifiés le 30 octobre 2026 ; le visionnage intégral et la disponibilité de la lecture intégrée ne sont pas vérifiés. Si le lecteur ne fonctionne pas, utilisez le lien YouTube. Pour les explications en langue étrangère, les sous-titres dépendent de la chaîne. La vidéo accompagne l’apprentissage au dojo.

Démonstration · Céline Froissart

Céline Froissart — démonstration collective « Sentez-vous sport »

Vidéo intitulée « sentez vous sport — Célia, Céline, Laetitia », publiée par Philippe Monfouga et référencée dans la fiche de Céline Froissart sur Stages Aïkido. Démonstration collective.

Voir chez l’auteur sur YouTube ↗

Sources et prolongements

Sources consultées le 30 octobre 2026. Les conseils pédagogiques de cet article sont une synthèse éditoriale d’Aïkido Atlas.

  1. FFAB — Commission nationale féminine : objectifs et mixité.
  2. Aïkido en Seine — Présentation d’Hélène Doué.
  3. Guillaume Erard — Entretien avec Hélène Doué (2019).
  4. FFAAA — Missions de la commission féminine.